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mardi 26 juillet 2011

La "vida loca" péruvienne de Misericordia bientôt à Paris


La première marque péruvienne présente sur la scène internationale poursuit sa "success story". Ethique et équitable, Misericordia a déjà collaboré avec de nombreux designers du moment. Après le lancement de sa boutique en ligne en 2008 et de sa première boutique à Lima, la marque projette d'ouvrir la prochaine à Paris. 
Le Pigeon Libéré s'est rendu dans ses ateliers de Lima, au Pérou.


L'atelier est calme, les quarante employés sont à leur poste et nous saluent discrètement lorsque nous entrons. Deux coupeurs étendent des pans de tissus sur la table et mesurent les patrons à la règle, les couturiers accordent leurs machines qui entament une mélodie sourde et entêtante, un désordre organisé s'articule entre bobines de fil, chutes de tissus et rouleaux multicolores. 
Tous semblent absorbés par ce concert matinal et méthodique. Nous suivons Arnaud à l'étage, où les patronniers produisent la première étape de ce long cheminement avec "leurs mains, leur esprit et leur cœur", selon la devise de la marque. Tous les vêtement passent par cet atelier de coupe et de couture dont Arnaud, un français, a pris le pilotage depuis deux mois.

Un pari tenu

"Nous sommes seulement trois à gérer l'entreprise. Aurélyen, le fondateur et directeur artistique passe la moitié de l'année à Paris, l'autre ici à Lima. Nous étions tous étudiants en art ou en publicité, il a fallu apprendre à s'organiser très vite", confie timidement Arnaud. 
L'idée est née en 2002, quand Aurélyen et Mathieu, deux français, ont décidé de réaliser une collection de vestes inspirées des uniformes d'un collège de Zallapal, un petit village des bidonvilles de Lima. "C'est avec cette veste que tout a commencé, ensuite nous avons changé le logo de l'institut, la typo, et choisi un slogan à l'image de Misericordia, mélange de création et d'engagement social."

La marque ne semble pas déroger à cet engagement solidaire. Dans l'atelier nous ne croisons que des locaux, et tous ont le sourire. Arnaud nous explique : "La première philosophie reste d'aider le Pérou. Tous nos employés sont des péruviens issus des quartiers populaires et les tissus sont produits ici. Nous essayons également de n'utiliser que des matières écologiques. Les textiles locaux et le savoir-faire de nos employés ont largement contribué à notre réussite."
Mikaela, une employée de l'atelier, vient nous présenter les dernières créations. Elle travaille depuis cinq ans pour l'atelier et nous détaille chaque pièce avec précision : "Ce qui est différent ici, c'est que chaque employé peut se consacrer à un vêtement du début à la fin de sa production, ce n'est pas un travail répétitif comme à l'usine, nous avons le sentiment d'être de vrais créateurs. Et puis nous sommes formés, accompagnés, nous progressons et nous restons!"

De nouvelles ambitions

Toute cette petite équipe autonome et solidaire pourrait bien s'agrandir rapidement ces prochaines années. En effet, après une collaboration avec des artistes et designers comme Kris Van Assche, Bernhard Willhelm, Lutz, ou encore Matali Crasset et la naissance d'une boutique en ligne et d'un site web aux images fortes et esthétiques, Misericordia ne cesse de se développer et d'agrandir son équipe de Lima. 
Pour le moment, on ne trouve que très peu de points de vente sur Paris, seules quelques ventes privées permettent de se procurer les dernières créations. "Nous avons de plus en plus de demandes. Même si on nous retrouve un peu partout dans le monde grâce à des 'concept stores', nous n'avons pas encore nos propres boutiques, excepté à Lima. Mais la prochaine étape sera l'ouverture d'une boutique à Paris et, je l'espère, d'autres partout dans le monde", nous glisse Arnaud avant de retourner à ses piles de vêtements et ses cartons.

M.C.

Centenaire du Machu Picchu : la cité cachée en danger


L’année 2011 marque le centenaire de la découverte d’une des nouvelles Merveilles du Monde : le Machu Picchu. Pas sûr, cependant, que ce soit le moment rêvé pour rejoindre la vieille cité inca. Le site, qui accueille quotidiennement 2500 touristes, a été placé "sous haute surveillance" par l’Unesco. Sans mesures de protection, cet anniversaire pourrait être le dernier.

Des milliers de touristes arrivent chaque semaine en train dans le village d’Aguas Calientes, où ils passent la nuit avant de monter au Machu Picchu. Les autres, peu nombreux, empruntent les sentiers de randonnée depuis Cuzco et marchent plusieurs jours avant l’ultime triomphe. L’accès à la vieille cité inca, découverte en 1911 par l'explorateur américain Hiram Bingham, ne se fait qu’au prix d’un long trekking à travers la Vallée Sacrée... ou d’un coûteux billet pour monter à bord de l'Orient-Express.


Un site menacé

En juin 2010, des inondations survenues dans la Vallée Sacrée après de fortes pluies avaient pris en otage des centaines de touristes qui n’ont jamais pu accéder au Machu Picchu et ont du être évacués. Les éboulements qui ont suivi cette catastrophe ont largement endommagé le site. Ce qui n'a pas manqué d'alerter l’Unesco quant à la protection d’un des derniers temples incas au monde.

Sur place, les touristes sont autorisés à arpenter librement les ruines et les terrasses du temple, ce qui provoque une érosion du sol et une fragilisation conséquente du site. Le Congrès péruvien a pourtant approuvé récemment la construction d’un réseau routier qui permettrait de faciliter l’accès au Machu Picchu pour les touristes. L'Unesco a catégoriquement refusé ce projet en juillet.


Vers une augmentation de la fréquentation

Deux semaines après le lancement des festivités du centenaire, qui durent un an, Le Pigeon libéré a voulu savoir comment le secteur touristique veillait parallèlement à la protection du site. Pour cette année, sur les conseils de l'Unesco, les autorités péruviennes ont fixé à 2500 le nombre d'entrées maximum par jour. "C'est effectivement le chiffre quotidien enregistré ces deux dernières semaines", nous a confirmé M-E Corvest, attachée touristique du Consulat Général du Pérou. Cependant, depuis début juillet, des entreprises du secteur privé ont lancé la vente en ligne d'entrées pour le Machu Picchu. Il est désormais difficile de prévoir à l'avance le nombre de touristes attendu chaque jour."

Jusqu'à maintenant, c'est la vente de billets de trains, unique accès au site, qui permet de prévoir et de réguler l'affluence touristique. C'est d'ailleurs un des autres problèmes qui menacent les touristes : ceux qui n'auraient pas acheté leur billet à l'avance pourraient se retrouver bredouille une fois arrivés au sommet.

Le pilier économique de la région

Les deux mois de fermeture du Machu Picchu en 2010 ont coûté 185 millions de dollars à l’industrie touristique péruvienne. C'est une des raisons pour laquelle le gouvernement local refuse de restreindre l’accès au site cette année pendant laquelle le nombre de visiteurs devrait doubler. L'économie de la région repose essentiellement sur l’affluence touristique générée par le "vieux pic" des Andes.

Des entreprises déploient toute une campagne de promotion touristique. Outre les billets vendus en ligne qui doperaient le nombre d'entrées au site, elles envisagent de faciliter son accès par la route, et déploient des moyens énormes pour développer les capacités d'accueil de la région. Hôtels, restaurants et boutiques ne cessent de fleurir.

M.C.

* Concernant l'état actuel du site et le danger de la pression touristique attendue pour le centenaire, nous sommes toujours en attente d'une réponse de l'Unesco.